Le secteur du courtage en assurance français connaît aujourd'hui une transformation profonde qui redessine les contours de la profession. Avec environ 10 000 structures d'intermédiation actives (de la micro-entreprise au cabinet structuré) le marché vit une accélération sans précédent de sa consolidation ; je le sais car j'accompagne depuis quinze ans des courtiers dans leurs projets de croissance externe, et jamais l'appétit pour les acquisitions n'a été aussi fort.
Cette consolidation s’inscrit dans un mouvement global : en 2025, le marché mondial des transactions a repris vigoureusement, avec une hausse de 10 % en valeur sur les trois premiers trimestres, atteignant environ 1 900 milliards de dollars. En France, le courtage reste un bastion de rentabilité stratégique, avec un chiffre d’affaires sectoriel estimé à 35 milliards d’euros en 2025 et une croissance annuelle soutenue de 6 %.
Acheter un portefeuille d'assurance ne se résume pas à une simple transaction financière : c'est une opération stratégique complexe qui engage votre avenir professionnel, mobilise des capitaux importants et requiert une expertise multidisciplinaire (juridique, financière, technique et commerciale). Les enjeux sont multiples : atteindre une taille critique pour amortir les coûts de conformité croissants ; diversifier votre mix-produit pour réduire la dépendance à un segment ; préparer votre propre succession en constituant un patrimoine professionnel valorisable ; ou encore accélérer votre développement sans subir les aléas de la prospection commerciale traditionnelle.
Cette polarisation est visible dans le courtage français : les “méga-deals” et transactions mid-market tirent la valeur vers le haut, tandis que les micro-cabinets cherchent activement des solutions d’adossement pour survivre à la hausse des coûts réglementaires (DDA/IDD) et technologiques (DORA).
Avant toute acquisition, vous devez impérativement être immatriculé au registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance tenu par l'ORIAS (Organisme pour le registre des intermédiaires en assurance). Cette immatriculation n'est pas une simple formalité administrative : c'est la condition sine qua non pour exercer légalement l'activité d'intermédiation en France (article L. 512-1 du Code des assurances).
L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), autorité administrative indépendante adossée à la Banque de France, surveille étroitement les opérations de cession de portefeuilles pour protéger les intérêts des assurés.
L'ACPR examine plusieurs critères : votre expérience dans le segment concerné ; vos moyens humains et techniques ; votre solidité financière ; et votre historique de conformité.
Dans les faits, l'ACPR peut s'opposer à une cession si elle estime que le transfert risque de léser les intérêts des clients.
En France, des groupes comme Howden, Odealim ou Diot-Siaci renforcent leur position en multipliant les acquisitions, justement parce qu’ils disposent des moyens humains, techniques et organisationnels permettant de répondre aux attentes du régulateur.
La DDA impose des obligations renforcées en matière de compétence, de conseil et de transparence.
Chaque assuré doit avoir reçu un conseil personnalisé fondé sur l'analyse de ses besoins et de sa situation (document de conseil formalisé).
La DDA impose également une formation continue obligatoire de 15 heures minimum par an pour tous les collaborateurs en contact avec la clientèle.
Howden France a acquis en 2024 le groupe AGEO, spécialisé en protection sociale et Employee Benefits. Ce type de portefeuille est précisément valorisé car il repose sur une forte technicité de conseil DDA et une récurrence élevée.
La valorisation d'un portefeuille de courtage repose traditionnellement sur l'application d'un coefficient multiplicateur aux commissions récurrentes annuelles (hors frais de dossier et commissions exceptionnelles). Ces coefficients varient significativement selon la nature des contrats, leur stabilité et leur potentiel de développement.
Pour les contrats dommages aux particuliers (automobile, multirisque habitation), les coefficients oscillent entre 1,5 et 2,2 fois les commissions annuelles. Cette valorisation relativement modérée s'explique par plusieurs facteurs : forte volatilité de la clientèle particulière (taux de résiliation annuel souvent supérieur à 15 %), sensibilité importante au prix (comparateurs en ligne, agressivité commerciale des bancassureurs), et marges unitaires faibles qui nécessitent des volumes importants pour dégager de la rentabilité. Un portefeuille automobile vieillissant (assurés de plus de 65 ans en moyenne) ou présentant une sinistralité dégradée (rapport sinistres/primes supérieur à 75 %) subira une décote supplémentaire. Cette réalité se retrouve très directement dans les micro-transactions observées sur le marché, comme cette cession en Rhône-Alpes d’un portefeuille de 24 contrats IARD générant 3 240 € de commissions pour un prix de l’ordre de 8 000 €, illustrant un multiple cohérent pour un actif de proximité immédiatement exploitable.
Pour les contrats d'assurance de personnes (santé, prévoyance, dépendance), les coefficients sont nettement plus élevés : 2,0 à 3,0 fois les commissions annuelles. Cette prime reflète la plus grande fidélité des assurés (taux de résiliation inférieur à 10 % en moyenne), la technicité requise pour le conseil (barrière à l'entrée pour les nouveaux entrants), et la récurrence très prévisible des revenus. Attention toutefois : la nature du commissionnement est déterminante. Les commissions linéaires justifient les multiples les plus élevés, tandis que le modèle du précompte entraîne une décote de 15 à 20 %. Sur le marché, un portefeuille santé orienté seniors générant 21 000 € de commissions annuelles peut ainsi être valorisé autour de 52 000 €, traduisant précisément cette prime de stabilité.
Pour les contrats d'assurance vie et d'épargne, les coefficients se situent entre 2,5 et 2,8 fois les commissions, mais la valorisation peut également intégrer un pourcentage de l'encours géré (0,5 % à 1,5 % de l'encours selon la qualité des supports). Un portefeuille d'assurance vie avec un encours important d'unités de compte sera mieux valorisé qu'un portefeuille concentré sur les fonds euros, compte tenu de la meilleure rentabilité pour le courtier et du potentiel de réallocation future.
Enfin, pour les honoraires et frais de gestion facturés en complément des commissions d'assurance, le coefficient appliqué est généralement de 1,0, car ces revenus sont jugés moins pérennes.
Au-delà des coefficients standards, vous devez procéder à une analyse fine de la structure des revenus pour ajuster la valorisation. Un portefeuille générant 100 000 euros de commissions annuelles peut valoir 180 000 euros ou 250 000 euros selon la composition de ces revenus.
Voici les critères déterminants : la part de commissions récurrentes versus les affaires nouvelles ponctuelles. Un portefeuille avec 85 % de récurrence présente une visibilité excellente et justifie un coefficient supérieur ; à l'inverse, un portefeuille dépendant à 40 % d'affaires ponctuelles sera décoté.
La concentration du portefeuille est également scrutée : si un seul client représente plus de 30 % du chiffre d'affaires, le risque de perte brutale impose une décote de 15 à 25 %. De même, une forte dépendance à une seule compagnie fragilise votre position future.
L'ancienneté et la fidélité de la clientèle constituent un indicateur clé. À l’inverse, un portefeuille très mobile présente un risque élevé de volatilité post-acquisition. Cette logique explique pourquoi certains portefeuilles affichent des multiples nettement supérieurs aux standards : un portefeuille professionnel récurrent de 43 000 € de commissions incluant près de 400 contrats actifs a ainsi été proposé autour de 250 000 €, soit un niveau de valorisation justifié par la qualité technique et la stabilité exceptionnelle des flux.
En 2025-2026, la structuration des données clients est devenue un critère de valorisation de premier plan. Un portefeuille doté d'une base de données propre et exploitable immédiatement bénéficie d'une valorisation optimale ; à l'inverse, des données dispersées ou présentant des lacunes de conformité entraînent des décotes immédiates.
Un portefeuille "data quality premium" se caractérise par un CRM structuré, des consentements RGPD horodatés, des documents de conseil DDA numérisés, et une traçabilité commerciale complète. Dans mes opérations récentes, j'ai constaté que les acquéreurs appliquent désormais systématiquement une grille de notation incluant complétude, conformité, système d'information et traçabilité. Un portefeuille obtenant moins de 50/100 subit une décote de 20 à 30 %, tandis qu'un portefeuille au-dessus de 80/100 peut justifier une prime de 10 à 15 %.
Cette évolution explique l’intérêt croissant des investisseurs pour les plateformes capables d’industrialiser l’exploitation de la donnée. En 2024, le capital-transmission a dominé le marché français avec 17,1 milliards d’euros investis, illustrant l’appétit des fonds pour des actifs assurantiels structurés, rentables et digitalisables. C’est précisément dans cette logique qu’IK Partners a pris une participation majoritaire dans Ascora en 2025, confirmant que la valeur du courtage réside désormais autant dans l’infrastructure et la gouvernance que dans le volume brut de commissions.
Pour les portefeuilles en assurance de personnes, l'analyse de la sinistralité est cruciale. Un rapport S/P supérieur à 90 % signale un déséquilibre structurel entraînant des hausses tarifaires ou des résiliations.
Dans le cas des contrats précomptés, vous devez impérativement évaluer le risque de reprise de commissions. Une clause de garantie ou un mécanisme d’ajustement de prix devient alors indispensable.
Certains portefeuilles incluent des éléments corporels ou incorporels qui doivent être valorisés séparément.
Le droit au bail commercial, un site internet bien référencé ou des outils digitaux propriétaires constituent des actifs valorisables. Cette logique est particulièrement visible dans les groupements phygitaux récents qui proposent un adossement technologique complet aux cabinets de proximité, comme Lapi Groupe, dont le modèle repose précisément sur l’industrialisation des process et la consolidation territoriale rapide.
1. Les places de marché digitales et plateformes spécialisées
Le marché de la transmission de portefeuilles s'est considérablement professionnalisé avec l'émergence de plateformes digitales dédiées qui facilitent la mise en relation entre cédants et acquéreurs. Trois acteurs se sont imposés en France : Assurdeal, Connect-Courtage et Fusacq.
Assurdeal est probablement la plateforme la plus aboutie technologiquement : elle utilise des algorithmes de matching pour faire correspondre automatiquement le profil de l'acheteur (zone géographique souhaitée, budget disponible, segments de risque ciblés) avec les portefeuilles en vente. La plateforme offre également des outils d'aide à la décision : calculateurs de rentabilité intégrant vos hypothèses de churn, estimateurs de revenus futurs basés sur des scénarios de développement, et simulateurs d'endettement pour valider la faisabilité financière du projet. L'inscription est généralement gratuite pour les acheteurs, et la plateforme se rémunère par une commission de succès payée par le vendeur (3 % à 5 % du prix de cession).
Connect-Courtage fonctionne sur un modèle plus personnalisé : chaque acquéreur est accompagné par un conseiller dédié qui présélectionne les dossiers correspondant à ses critères et organise les mises en relation. Cette approche "conseil" est appréciée des acheteurs primo-accédants qui manquent de repères, mais elle implique des frais d'inscription et des commissions plus élevées.
Fusacq est une plateforme généraliste de cession-reprise d'entreprises qui comporte une section dédiée au courtage d'assurances. L'avantage : une audience large qui permet parfois de trouver des opportunités hors du cercle habituel des professionnels de l'assurance (cession dans le cadre d'un départ à la retraite, liquidation amiable, diversification d'un patrimoine familial). L'inconvénient : les annonces sont souvent moins détaillées et nécessitent un travail de qualification important.
Ces places de marché reflètent la vitalité du segment micro-cap, qui représente le plus grand volume de transactions en France. On y retrouve des cessions extrêmement concrètes : portefeuilles spécialisés VTC avec une douzaine de contrats en linéaire générant environ 4 400 € de commissions, portefeuilles médicaux constitués exclusivement par recommandation, ou encore portefeuilles en Haute-Savoie orientés IARD et Santé dépassant 100 000 € de commissions annuelles, proposés autour de 180 000 à 200 000 €. Ces opérations, peu médiatisées, assurent pourtant la fluidité du marché et permettent aux jeunes courtiers de s’installer ou aux acteurs établis de densifier leur présence locale.
Contrairement à une idée reçue, la majorité des transmissions de portefeuilles (estimée à 60 % à 65 % du marché) se réalise de gré à gré, sans passer par une plateforme publique. Ces transactions "off-market" présentent plusieurs avantages : discrétion totale, négociation plus souple et possibilité de structurer des montages créatifs (association progressive, earn-out étalé).
Pour accéder à ces opportunités, vous devez développer une stratégie de réseautage active et méthodique. Premièrement, adhérez aux organisations professionnelles du courtage : le syndicat Planète CSCA regroupe environ 3 000 cabinets et organise régulièrement des événements qui sont autant d'occasions de rencontrer des confrères susceptibles de céder.
Deuxièmement, exploitez intelligemment LinkedIn : identifiez les courtiers de votre région, analysez leur profil pour repérer les signaux faibles d'un projet de cession, puis engagez la conversation de manière naturelle. Cette approche relationnelle peut déboucher plusieurs mois plus tard sur une opportunité exclusive.
Troisièmement, développez des partenariats stratégiques avec les courtiers grossistes (April, AMI 3F, Entoria, Spheria). Ces acteurs ont une vision transverse du marché et peuvent signaler discrètement qu’un cabinet envisage de se retirer.
Quatrièmement, participez activement aux événements économiques locaux : clubs de dirigeants, réseaux entrepreneuriaux, réunions de la CCI ou salons de la transmission. Cette stratégie de proximité est particulièrement efficace dans un marché où les transactions mid-market sont souvent motivées par des problématiques de transmission et de besoin d’adossement technologique.
La consolidation régionale est aujourd’hui un moteur central. Des réseaux comme Sagesse Assurances ont poursuivi leur maillage territorial entre 2024 et 2025 avec de nouvelles implantations au Havre, à Lyon, Romagnat ou Cogolin, souvent par intégration de cabinets affiliés ou rapprochements progressifs.
L'annuaire public de l'ORIAS recense l'intégralité des intermédiaires immatriculés en France avec leurs coordonnées, leurs catégories d'activité et la date de leur première immatriculation. Cet outil, souvent sous-exploité, peut devenir un formidable levier de sourcing si vous savez l'utiliser méthodiquement.
Téléchargez l'annuaire complet et filtrez-le selon vos critères géographiques et sectoriels. Puis, pour chaque cabinet identifié, recherchez sur LinkedIn ou via les registres publics l'âge du dirigeant principal. Concentrez-vous sur les courtiers dont le dirigeant a entre 58 et 68 ans, tranche où les projets de cession sont les plus fréquents.
Astuce : couplez cela avec une analyse sur Pappers pour avoir plus d’informations.
Une fois votre liste de cibles établie, engagez une démarche de prise de contact progressive. Cette approche relationnelle produit des résultats étonnants : environ 10 % à 15 % de ces contacts débouchent, dans un délai de 6 à 18 mois, sur une opportunité de rachat.
La structure même du marché français rend cette méthode particulièrement puissante : avec plus de 37 000 intermédiaires actifs, la consolidation ne se joue pas uniquement dans les grandes acquisitions médiatisées, mais dans des centaines d’opérations de proximité, cabinet par cabinet, portefeuille par portefeuille.
Certaines opportunités d'acquisition proviennent de cabinets en difficulté économique ou organisationnelle. Ces situations peuvent représenter des opportunités financières intéressantes si vous savez les appréhender avec professionnalisme et empathie.
Les signaux d'alerte à surveiller : annonces de cession avec un délai très court, prix affiché significativement inférieur aux standards du marché, formulations vagues dans la description. Ces indices révèlent souvent une situation d'urgence.
Attention toutefois : ces dossiers nécessitent une Due Diligence renforcée car les problèmes cachés sont fréquents (litiges non provisionnés, conformité dégradée, tensions avec les compagnies). Dans ces cas, imposer une période d’observation ou un accompagnement contractuel du cédant est une précaution essentielle.
Le sourcing n’est plus seulement une chasse opportuniste : il s’inscrit désormais dans une logique industrielle de consolidation. Les grands groupes utilisent le M&A pour renforcer des expertises ou combler des trous capacitaires. Odealim, leader du courtage immobilier, est entré en négociations exclusives pour acquérir Assurimo, courtier captif du réseau Foncia (Groupe Emeria), consolidant ainsi sa position sur le marché des administrateurs de biens. Diot-Siaci, sous l’impulsion de son actionnariat, a multiplié les acquisitions (France Retraite, id.magna) et s’est rapproché du groupe Oasys pour créer un leader du conseil RH.
Après avoir identifié un portefeuille correspondant à vos critères, vous entrez dans la phase de négociation préliminaire qui dure généralement 4 à 8 semaines. Le cédant vous transmet un dossier de présentation (également appelé teaser ou mémorandum) comportant les éléments essentiels : historique du cabinet, évolution du chiffre d'affaires sur les 3 dernières années, répartition du portefeuille par segment de risque et par compagnie, présentation de l'équipe et des moyens techniques, et bien sûr, prix demandé.
Analysez ce dossier avec méthodologie en calculant immédiatement les ratios clés : coefficient de valorisation appliqué, part de commissions récurrentes, taux de concentration et rentabilité apparente. Comparez ces ratios avec les standards de marché pour identifier d'éventuels points de négociation. Dans le segment intermédiaire, ces analyses sont systématiquement structurées par des conseils spécialisés comme Largillière Finance, qui accompagne des opérations de courtage telles qu’Antinea Courtage ou Apollo Conseil, ou Axiss Conseil, acteur très présent dans la transmission de cabinets de courtage et de gestion de patrimoine.
Si le dossier vous intéresse, demandez un entretien en face à face avec le cédant : cette rencontre est capitale car elle vous permet d'évaluer la personnalité du vendeur, de visiter les locaux et de rencontrer l'équipe si elle est présente. Profitez-en pour poser des questions de fond : pourquoi vend-il maintenant ? quel est son projet post-cession ? accepterait-il de vous accompagner pendant quelques mois pour faciliter la transmission ?
Si la rencontre confirme votre intérêt, formalisez votre proposition par une Lettre d'Intention (LOI). Ce document précise le périmètre exact de l'acquisition, le prix proposé, les modalités de paiement envisagées, les principales conditions suspensives et le calendrier prévisionnel.
La LOI inclut généralement une clause d'exclusivité de 60 à 90 jours pendant laquelle le cédant s'engage à ne négocier qu'avec vous. En contrepartie, vous vous engagez à mener l'audit dans les délais et à donner une réponse définitive avant la fin de la période d'exclusivité. Cette étape constitue le socle de toutes les opérations mid-market récentes, en particulier dans les transactions soutenues par des fonds de private equity ou des plateformes régionales de consolidation.
La Due Diligence est l'étape décisive où vous allez vérifier, dans le moindre détail, que le portefeuille correspond bien aux informations communiquées et qu'il ne présente pas de risques cachés. Cet audit doit être systématique et documenté ; je le sais d'expérience car j'ai vu trop d'acquisitions échouer ou devenir des gouffres financiers faute d'un audit rigoureux.
L'audit financier consiste à analyser les comptes des 3 dernières années pour valider la réalité et la pérennité des revenus. Vous devez obtenir du cédant la liste exhaustive des contrats et vérifier la cohérence avec les états de commissions fournis par les compagnies.
Calculez plusieurs indicateurs : taux de churn annuel, récurrence réelle, concentration client. Cette analyse est essentielle dans les portefeuilles spécialisés comme ceux orientés VTC, BTP ou professions médicales, où la concentration sectorielle peut générer un risque accru en cas de retournement ou de résiliation groupée.
L'audit juridique et social examine les mandats compagnies, les contrats de travail, les baux commerciaux et les engagements du cabinet. Certaines compagnies imposent un agrément préalable de l'acquéreur, ce qui rend indispensable une anticipation très en amont du transfert.
L'audit de conformité est devenu absolument incontournable depuis le durcissement réglementaire. Vérifiez que le cabinet dispose bien de tous les documents obligatoires : immatriculation ORIAS, attestations RC Pro, registre des formations DDA, procédures LCB-FT, registre RGPD, dossiers conseil conformes.
L'audit technique analyse la qualité intrinsèque du portefeuille et les risques opérationnels. Pour les contrats d'assurance de personnes, demandez l'historique de sinistralité. Pour les risques professionnels, vérifiez l’adéquation des garanties. Analysez enfin la qualité des données clients, devenue un facteur central de valorisation et de décote.
Le coût de cette Due Diligence varie considérablement selon la taille et la complexité du portefeuille.
Les résultats de l'audit permettent d'ouvrir la phase de négociation finale. Trois scénarios sont possibles : confirmation des informations, renégociation du prix ou renoncement pur et simple.
Dans l'hypothèse d'une renégociation, préparez une note de synthèse chiffrée listant les points problématiques identifiés et leur impact financier estimé. Cette approche est particulièrement fréquente dans les transactions micro-cap publiées sur des plateformes de cession, où les portefeuilles peuvent présenter des lacunes documentaires ou une digitalisation insuffisante entraînant des décotes immédiates.
Une fois le prix définitif arrêté, l'acte de cession est rédigé par un avocat spécialisé en droit des affaires. Ce document formalise juridiquement le transfert de propriété et doit impérativement comporter plusieurs clauses protectrices.
La clause de non-concurrence interdit au cédant d'exercer une activité concurrente dans un périmètre défini pendant une durée déterminée.
La Garantie d'Actif et de Passif (GAP) est une garantie contractuelle par laquelle le cédant s'engage à indemniser l'acquéreur en cas de découverte ultérieure d'un passif non déclaré ou d'une diminution d'actif antérieure à la cession.
La GAP prévoit généralement un plafond, une franchise et une durée de garantie. Pour la sécuriser, un séquestre est souvent mis en place : une partie du prix est conservée sur un compte bloqué pendant 12 à 24 mois. Ce mécanisme est devenu standard dans les opérations de consolidation soutenues par des fonds, afin de couvrir les risques de conformité ou de contentieux postérieurs.
La signature de l'acte de cession n'est pas l'aboutissement du processus : plusieurs formalités administratives doivent encore être accomplies.
Premièrement, vous devez notifier la cession aux compagnies d'assurance et demander le transfert des mandats de distribution à votre nom. Ce processus peut prendre de 2 à 8 semaines selon les assureurs.
Deuxièmement, vous devez informer les assurés du changement d'intermédiaire. Cette communication est un moment délicat : dans la pratique, 5 % à 15 % des clients profitent du changement pour mettre en concurrence ou résilier, ce qui explique la fréquence des dispositifs d'accompagnement du cédant ou de clauses d’earn-out.
Troisièmement, si la cession inclut des salariés, vous devez respecter les dispositions légales du transfert d'entreprise. L'article L. 1224-1 du Code du travail prévoit que les contrats de travail subsistent automatiquement entre le repreneur et le personnel.
Enfin, le cadre administratif tend à se renforcer. À compter du 1er janvier 2026, de nouvelles instructions (n° 2025-I-17) préciseront les éléments constitutifs des dossiers de transfert afin de renforcer la protection des assurés et la traçabilité des opérations.
Lorsque l'acquisition porte sur un cabinet complet (et non uniquement le portefeuille de contrats), le montage privilégié par les acquéreurs est le LBO — Leveraged Buy-Out ou "rachat avec effet de levier". Ce mécanisme, très utilisé dans les opérations de transmission d'entreprises, présente des avantages fiscaux et financiers substantiels.
Voici le principe : vous créez une société holding dont l'unique objet est de racheter les titres de la société cible. Cette holding souscrit un emprunt bancaire pour financer l'acquisition ; elle rembourse ensuite le prêt grâce aux dividendes remontés par la société cible. L'effet de levier provient du fait que vous investissez un apport personnel relativement modeste tandis que l'essentiel du financement est apporté par la banque.
Les avantages fiscaux sont significatifs : les intérêts d'emprunt payés par la holding sont déductibles du résultat imposable. De plus, si vous optez pour le régime de l'intégration fiscale, le résultat de la holding et celui de la cible sont consolidés, ce qui permet de compenser immédiatement les charges financières de la holding par les bénéfices de la cible.
Dans ce type d’opérations, l’EBITDA est devenu l’indicateur roi. Les pratiques de valorisation observées en France en 2024-2025 montrent une forte corrélation avec la taille de l’entité : les très petites structures se négocient souvent autour de 3,5x à 4,5x l’EBITDA, les PME entre 5,0x et 6,5x, et les acteurs les plus structurés peuvent atteindre 7,0x à 9,0x, voire davantage lorsqu’ils sont hautement digitalisés ou spécialisés sur des segments premium.
Ces multiples expliquent l’intérêt constant des banques et des fonds pour les plateformes capables de consolider un marché fragmenté. En 2024, le capital-transmission a dominé le marché français avec 17,1 milliards d’euros investis, confirmant que les opérations de rachat de structures établies constituent l’un des moteurs majeurs du M&A dans les services financiers.
Le crédit vendeur est un mécanisme de financement dans lequel le cédant accepte d'être payé de manière échelonnée plutôt qu'en totalité au comptant. Sur un prix de cession, une partie est versée immédiatement à la signature, tandis que le solde est réglé en plusieurs annuités.
Ce mécanisme présente des avantages pour les deux parties. Pour l'acquéreur, il réduit le besoin de financement bancaire immédiat et améliore la trésorerie pendant les premiers mois critiques. Pour le cédant, il démontre sa confiance dans la pérennité du portefeuille et peut présenter des avantages fiscaux en étalant l’imposition de la plus-value sur plusieurs années.
Le crédit vendeur est généralement rémunéré, avec un taux compris entre 2 % et 5 % selon le niveau de risque perçu. Les versements différés peuvent être garantis par une caution bancaire, un nantissement du portefeuille ou une hypothèque sur un bien immobilier.
Dans le segment des micro-transactions, ce dispositif est particulièrement fréquent lorsque le portefeuille est cédé dans un cadre de départ à la retraite ou dans une situation de vente rapide, notamment pour des portefeuilles spécialisés comme ceux orientés professions médicales ou risques professionnels locaux.
L'earn-out est un mécanisme qui permet de faire varier le prix final de cession en fonction de la performance réelle du portefeuille pendant les 12 à 36 mois suivant l'acquisition. Ce dispositif est particulièrement pertinent lorsque l'acquéreur et le cédant ont des divergences d'appréciation sur la valeur ou sur le risque de perte de clientèle.
La formule de calcul est définie contractuellement et impose un suivi rigoureux. Elle incite fortement le cédant à faciliter la transition : il a tout intérêt à accompagner le repreneur, à présenter personnellement les principaux clients et à maintenir la relation de confiance.
Ce type de montage est devenu quasi-standard dans les opérations de consolidation, notamment lorsque des groupes structurés intègrent des portefeuilles régionaux dans une logique industrielle. C’est précisément ce qui explique la multiplication des opérations de croissance externe menées par des plateformes soutenues par le private equity, comme Ascora, dans laquelle IK Partners a pris une participation majoritaire en 2025. Ces acteurs recherchent des portefeuilles rentables, mais conditionnent souvent une part du prix à la stabilité effective du chiffre d’affaires post-intégration.
Selon votre profil et votre localisation géographique, vous pouvez bénéficier de dispositifs d'aide à la reprise d'entreprise qui allègent significativement le coût de l'opération.
Bpifrance propose plusieurs prêts dédiés aux opérations de transmission : le Prêt Transmission et d’autres dispositifs remboursables sur 7 ans avec différé partiel, souvent sans garantie personnelle demandée. Ces prêts sont généralement couplés à un financement bancaire classique.
Les Régions proposent également des aides spécifiques : subventions à la reprise d'entreprise, garanties bancaires ou accompagnement au montage du business plan.
Sur le plan fiscal, le régime des plus-values de cession peut être optimisé selon que vous achetez en nom propre ou via une holding. Ces arbitrages deviennent centraux dans les opérations de transmission structurées, en particulier dans un marché où les multiples de valorisation restent soutenus par l’abondance de capital disponible et par la course à la taille critique.
La valeur intrinsèque d'un portefeuille d'assurance réside dans la relation de confiance établie avec chaque assuré ; cette confiance est fragile et peut être brutalement remise en cause par un changement mal géré. Les statistiques sont sans appel : un rachat mal accompagné peut entraîner un taux de résiliation de 20 % à 30 % dans les 12 premiers mois, détruisant la rentabilité de l'opération. À l'inverse, une intégration maîtrisée limite le churn à 5 % ou moins.
Dès la signature, déployez un plan de communication structuré en trois phases. Phase 1 (J+0 à J+15) : information officielle des clients par courrier personnalisé co-signé par le cédant et vous-même. Le message doit être rassurant, valorisant et actionnable.
Phase 2 (J+15 à J+60) : appels téléphoniques ciblés aux clients stratégiques. Ces appels doivent être réalisés par vous-même, idéalement en présence du cédant lors des premiers contacts. L'objectif est triple : vérifier la complétude des données, identifier les besoins non couverts et rassurer personnellement l'assuré sur la continuité du service.
Phase 3 (J+60 à J+120) : communication digitale et multi-équipement. Intégrez progressivement les clients dans vos outils digitaux et proposez systématiquement un audit de couverture complet. Cette approche proactive renforce la perception de valeur et réduit considérablement le risque de résiliation opportuniste.
Cette logique est d’autant plus cruciale dans un marché où la fidélité constitue un actif majeur : les taux de rétention peuvent varier fortement, de 80 % dans les portefeuilles TPE à 95 % chez les grands groupes, ce qui explique la prime accordée aux structures capables de maintenir une gestion de proximité tout en industrialisant les process.
La présence du cédant à vos côtés pendant les premiers mois est un facteur clé de succès, particulièrement pour les clients historiques qui entretiennent une relation personnelle forte avec lui. Négociez contractuellement une période d'accompagnement de 3 à 6 mois pendant laquelle le cédant s'engage à vous présenter personnellement aux clients grands comptes, à répondre à vos questions techniques sur les dossiers complexes, à faciliter les relations avec les compagnies et à rester disponible pour traiter les situations urgentes.
Cet accompagnement doit être formalisé contractuellement avec une rémunération claire, soit forfaitaire, soit à la journée, soit intégré dans un mécanisme d’earn-out incitant le cédant à maximiser la qualité de la transition.
Dans la dynamique actuelle de consolidation, ce type d’accompagnement est devenu structurant : il conditionne la stabilité post-rachat, notamment dans les transactions micro-cap où une partie significative des clients peut profiter du changement d’intermédiaire pour mettre en concurrence ou résilier.
Malgré la Due Diligence pré-acquisition, certains problèmes ne se révèlent qu'après la prise de possession effective du portefeuille. C'est pourquoi vous devez mettre en place un audit post-acquisition systématique pendant les 3 premiers mois.
Vérification de la sinistralité réelle : comparez les déclarations de sinistres des premiers mois avec l'historique communiqué. Une augmentation brutale ou l'apparition de sinistres graves non déclarés lors de l'audit peuvent signaler soit une dégradation récente, soit une rétention d'information.
Contrôle de la qualité des dossiers clients : sélectionnez un échantillon de dossiers et vérifiez leur conformité réglementaire. Si le taux de non-conformité dépasse 20 %, vous êtes face à un risque juridique structurel.
Analyse des résiliations précoces : si plus de 10 % des clients résilient dans les 90 premiers jours, identifiez les causes et ajustez votre stratégie.
Test des relations compagnies : vérifiez les taux de commission, les délais de traitement et l'absence de contentieux latent.
Cette vigilance est particulièrement importante dans des portefeuilles spécialisés, par exemple dans des niches comme le VTC, le BTP ou les professions médicales, où la concentration sectorielle peut amplifier les risques.
L'acquisition d'un portefeuille est l'occasion idéale de moderniser vos processus et d'exploiter intelligemment les données clients pour générer des revenus complémentaires. Dès les premières semaines, migrez l'ensemble des contrats dans votre système de gestion pour obtenir une vision consolidée et actionnable.
Une fois les données centralisées, segmentez votre portefeuille selon la valeur client, le potentiel de multi-équipement, le risque de résiliation et l'ancienneté de la relation.
Mettez en place des campagnes commerciales ciblées. Ces actions de cross-selling peuvent générer dès la première année un chiffre d'affaires additionnel de 15 % à 25 % par rapport au portefeuille initial.
Cette transition vers des modèles data-driven constitue désormais un levier central de valorisation dans le courtage : les investisseurs privilégient les plateformes capables d’orchestrer intelligence artificielle, segmentation fine et tarification dynamique. C’est aussi ce qui explique le déplacement de la valeur vers des expertises spécialisées à haute intensité technique, comme l’assurance Cyber, l’accompagnement ESG ou la gestion des risques climatiques, devenues des relais de croissance majeurs en 2025.
Si le portefeuille acquis inclut des salariés, leur intégration réussie conditionne la pérennité de l'opération. Les collaborateurs en place détiennent une connaissance précieuse des clients et des process.
Organisez dès la première semaine des entretiens individuels pour clarifier leur rôle, recueillir leurs suggestions et les rassurer sur leur avenir.
Définissez un projet collectif mobilisateur : moderniser les outils, développer un nouveau segment, améliorer la qualité de service. Communiquez régulièrement pour maintenir l'engagement.
Enfin, n'oubliez pas la dimension symbolique : organiser un déjeuner ou un événement convivial pour marquer officiellement le lancement de la nouvelle aventure commune, célébrer les premières réussites et ancrer une nouvelle culture partagée.
Acheter un portefeuille de courtage en assurance en 2025-2026 est une opération ambitieuse qui demande une préparation rigoureuse et une capacité à naviguer dans un environnement réglementaire de plus en plus contraignant. Le marché reste dynamique, porté par une activité transactionnelle foisonnante allant des micro-cessions locales aux grandes opérations de consolidation menées par des groupes structurés comme Odealim, Howden ou Diot-Siaci, ainsi que par des plateformes soutenues par le private equity.
Le succès repose sur quelques principes fondamentaux : ne jamais sous-estimer la conformité, privilégier la qualité à la quantité, structurer intelligemment son financement, accorder une importance capitale à l'intégration et s'entourer d'experts compétents.
Le courtage entre désormais dans une phase d’industrialisation où la taille critique, la donnée, la spécialisation et la capacité à combiner puissance technologique et conseil humain détermineront les champions de demain. Votre projet d'acquisition, s'il est mené avec méthode et lucidité, peut devenir le socle d'une croissance durable et d'un patrimoine professionnel valorisable.
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Le rachat d’un portefeuille porte uniquement sur les contrats et les commissions associées. Le rachat d’un cabinet inclut la société, les salariés, les outils, les locaux et parfois la marque, et nécessite souvent un montage financier plus structuré (type LBO).
Le prix est généralement calculé en appliquant un coefficient multiplicateur aux commissions annuelles récurrentes. Ce coefficient varie selon le type de contrats, la stabilité du portefeuille, la sinistralité et la qualité des données clients.
Les multiples, en ordre de grandeur :
Ces multiples sont ajustés selon la récurrence et le risque.
Oui, partiellement. Le financement peut combiner crédit bancaire, crédit vendeur et mécanisme d’earn-out. Dans les petites opérations, le crédit vendeur permet souvent de réduire fortement l’apport initial.
Les principaux risques concernent la conformité DDA, la qualité des dossiers conseil, les obligations LCB-FT, la protection des données (RGPD), les mandats compagnies et les éventuelles reprises de commissions sur les contrats précomptés.
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